RDC – Ève Bazaiba : « Nous avons été naïfs de faire confiance à Kabila »

  • Source: : Webnews | Le 24 octobre, 2017 à 16:10:34 | Lu 2103 fois | 1 Commentaires
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Ève Bazaiba, secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC), le 19 octobre 2017, à Paris.

Deux mois avant la fin de l'année, échéance prévue par l'accord de la Saint-Sylvestre pour la tenue des élections en RDC, le calendrier électoral n'est toujours pas connu. Ce qui fait dire à Ève Bazaiba, secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC), que le pays s'approche d'une situation d'exception. Interview.

Ève Bazaiba ne « regrette rien ». La secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC, parti de Jean-Pierre Bemba) assume tous ses choix politiques. Au lendemain de la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, cette « dame de fer » s’était opposée à la désignation d’Étienne Tshisekedi au poste de président du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA), étant donné que le Rassemblement de l’opposition, plateforme que présidait cet opposant historique aujourd’hui décédé, devrait également diriger le gouvernement de transition.

« C’était pour éviter que le Rassemblement ne soit juge et partie », maintient celle qui dit éprouver un « grand respect » pour Étienne Tshisekedi. Dans sa conception, il n’était pas non plus convenable que les membres du MLC ou du Front pour le respect de la Constitution, regroupement politique qu’elle dirige, entrent au gouvernement.

Pour Ève Bazaiba, il n’était donc pas opportun d’accepter de « partager le passif du régime de Kabila ». La députée de Basoko, dans l’ex-Province orientale, se réjouit aujourd’hui de voir, enfin, le Rassemblement suivre cette voie.

« Ses dirigeants ont compris que ce n’était pas le moment de partager le pouvoir avec un régime finissant qui est déjà tombé dans l’illégitimité », a-t-elle expliqué, ce jeudi 19 octobre, à Jeune Afrique lors de son bref séjour à Paris.

Jeune Afrique : À l’issue des travaux d’évaluation du processus électoral en cours en RDC, la tripartite CNSA-Gouvernement-Ceni a demandé, le 18 octobre, la publication d’un « calendrier électoral réaliste ». En êtes-vous rassurée ?

Ève Bazaiba : Pour nous, le CNSA n’est pas une institution constitutionnelle. Elle a été créée par les politiques pour assurer de l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre. Mais, comme tout le monde le sait, la mise en œuvre de ce texte a été déviée de ses objectifs.

C’est pourquoi nous nous focalisons désormais sur la Ceni. Son président, Corneille Nangaa, doit savoir qu’il n’a pas le monopole de la technicité dans l’organisation des élections.

C’est pourquoi lorsque M. Nangaa estime qu’il lui faut 504 jours après l’enrôlement des électeurs pour organiser les scrutins, nous pensons que plus ou moins 200 jours suffisent. Nous réitérons en conséquence notre exigence de la tenue d’une réunion technique avec la Ceni pour lui démontrer, carte sur table, que l’organisation des scrutins est possible dans ce délai là.

En démocratie, la date des élections ne dépend pas de la volonté d’un individu

À quelle échéance, selon vous, est-il encore possible d’organiser les élections en RDC ?

En démocratie, la date des élections ne dépend pas de la volonté d’un individu, chef de l’État ou président de la Ceni soit-il. Les scrutins doivent respecter les règles et principes prévus en la matière. Il s’agit entre autres du cadre constitutionnel dans lequel les élections doivent être organisées de manière régulière.

Mais on nous parle aujourd’hui d’un « calendrier électoral réaliste ». « Réaliste » par rapport à quoi ou à qui ? Pour nous, le calendrier électoral doit être élaboré à la lumière de la Constitution, des lois de la République et de l’accord politique de la Saint-Sylvestre.

Que répondez-vous à la Ceni, lorsqu’elle affirme qu’en signant cet accord du 31 décembre 2016 qui renvoyait les élections « au plus tard en décembre 2017 », vous, les politiques congolais, saviez que la tenue de ces scrutins était impossible cette année ?

La Ceni fait l’objet de la manipulation du pouvoir en place à Kinshasa. M. Corneille Nangaa est au service de la Majorité présidentielle (MP). Faut-il rappeler que les élections dont on parle devaient être organisées en 2016 et qu’elles n’étaient pas une génération spontanée ?

En tant que parlementaire, je sais qu’à chaque exercice budgétaire nous dégagions 250 millions de dollars dans pour l’organisation des élections. La Ceni peut-elle nous dire où est passé cet argent ? Tout le monde se souvient des révélations selon lesquelles les comptes de la Ceni à la banque BGFI ont été ponctionnés par plusieurs proches parents du chef de l’État.

Ceci dit, il apparaît clair que les contraintes budgétaires et techniques ou logistiques constituent des prétextes fallacieux. M. Joseph Kabila ne veut pas de la tenue des élections en RDC. Ce n’est pas pour rien qu’il nous avait envoyé ses délégués il y a quelques temps pour nous dire qu’il n’était pas prêt à partir et qu’il avait besoin de deux ou trois ans pour se préparer à quitter le pouvoir. Nous leur avons répondu, bien entendu, que ce n’était pas constitutionnel. Depuis, le camp de Kabila ne cesse monter des stratégies et des stratagèmes pour tirer indéfiniment les choses en longueur.

La tenue des scrutins « au plus tard décembre 2017 », comme prévoit l’accord, n’est pas impossible

Dans ces conditions, que reste-t-il encore de l’accord de la Saint-Sylvestre ?

Ce qu’il en reste, c’est le délai d’organiser les élections d’ici la fin de l’année. Car la tenue des scrutins « au plus tard décembre 2017 », comme prévoit l’accord, n’est pas impossible. C’est le manque de volonté politique qui fait défaut.

Avec le recul, avez-vous l’impression, comme certains autres opposants, d’avoir été piégée en acceptant de signer l’accord du 31 décembre 2016 politique avec le camp du président Kabila ?

Nous avons été naïfs de faire confiance au président Kabila. C’est maintenant, avec le recul, que nous commençons à dérouler le film pour bien le cerner : comment est-il arrivé au pouvoir ? Comme un enfant soldat. A-t-il une culture démocratique ? L’a-t-il au moins intériorisé pendant l’exercice du pouvoir ?

Une certitude : Kabila n’a pas respecté son engagement. Ce qui nous conduit à évoquer l’article 64 de la Constitution qui dit clairement que tout Congolais a le devoir de faire échec à un individu ou à un groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation de la Constitution. Tout Congolais doit donc prendre ses responsabilités.

Comment la RDC se réveillera-t-elle le 1er janvier 2018 ?

Nous serons dans une situation exceptionnelle qui nécessitera des mesures exceptionnelles. Et M. Kabila, parce qu’il avait prêté serment de garantir le bon fonctionnement des institutions, qui sont toutes devenues aujourd’hui illégitimes, en sera le responsable numéro un.


Auteur: Jeuneafrique - Webnews

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